Justice climatique: un fermier péruvien attrait en justice une entreprise allemande - Olivier Issaly - CC By SA 2.0

Justice climatique: un fermier péruvien attrait en justice une entreprise allemande

La justice allemande examine la requête d’un fermier péruvien contre le géant de l’énergie RWE

Saul Luciano Lliuya, agriculteur et guide de haute montagne péruvien, constate depuis plusieurs années la détérioration des glaciers andins. Il a décidé d’attaquer en justice le conglomérat allemand RWE (Rheinisch-Westfälisches Elektrizitätswerk Aktiengesellschaft) en 2015 au motif qu’il est l’un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre (ci-après, « GES »). Il évalue à 0,47 % la part de RWE dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre.

« Je veux pouvoir retourner dans ma montagne et dire aux gens que j’ai fait quelque chose pour eux », avait déclaré le 13 novembre M. Lliuya devant le tribunal. Père de deux enfants, il réclame le financement par RWE d’une partie des travaux de sécurisation contre les risques d’inondation de la communauté de Huaraz, capitale de la région d’Ancash, dans le nord du Pérou. Il veut aussi le remboursement des 6 300 euros de travaux effectués pour protéger sa maison contre la montée des eaux.

Ce 30 novembre 2017, la Cour d’appel de Hamm, après avoir déclaré l’action recevable, a ordonné une série d’expertises pour déterminer le lien de causalité entre les GES émis par RWE et la fonte des glaces qui menace la Ville de Huaraz d’où est originaire le requérant. Il revient néanmoins au fermier péruvien d’avancer les 20 000 euros nécessaires pour engager les expertises, précisent les magistrats.

« Pour moi, la victoire c’est déjà de pouvoir être ici au tribunal et de parler de notre démarche, ce que nous n’avons pas pu faire jusqu’à présent », s’était félicitée l’avocate du plaignant, qui réfute l’accusation d’avoir fait de RWE un bouc émissaire symbolique pour les maux de la planète.

RWE maintient que, selon lui, cette requête « est injustifiée, parce qu’un seul émetteur ne peut être tenu responsable de phénomènes obéissant à d’innombrables causes ». « On se retrouverait dans une situation où tout le monde attaque tout le monde. Quiconque se sent lésé dans un coin du monde pourrait demander des comptes », et « pas seulement à une compagnie d’énergie » mais à n’importe quel pollueur, « jusqu’au touriste qui prend l’avion », a déclaré jeudi le porte-parole de l’entreprise, Guido Steffen.

Il s’agit d’une étape marquante dans l’acceptation d’une mondialisation des effets climatiques de l’activité anthropique, même si cela ne signifie nullement que RWE sera reconnu responsible.

Photo: Olivier Issaly - CC By SA 2.0

Luc Depré

Par Luc Depré

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